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Chapitre I
Des travailleurs croyants
au service de la mission
11. Des croyants
rassemblés
12. Des membres solidaires
13. Au service d'une même mission
Chapitre II
Les caractéristiques
de la mission de l'ACO
21. Acteurs dans la vie ouvrière et sociale
22. Appartenance ouvrière
23. Servir le dialogue entre Dieu et
les travailleurs
24. Une vie originale en Eglise
Chapitre III
Les différentes manières
de faire vivre le mouvement
31. La révision
de vie
32. Les partages de foi
33. Les sacrements et la prière
34. La formation
35. La visibilité et la communication
36. Le développement
37. Un mouvement organisé
(*) Votée à la Rencontre nationale de Toulouse en
mai 1998.
Préambule
Cette charte est le fruit d’une
relecture de l’histoire de l’ACO
depuis 1950. L’objectif est de cerner
et de mettre en valeur l’essentiel de la
mission qui anime le mouvement en
fidélité avec l’orientation apostolique
de ses débuts : « L’évangélisation,
l’annonce de la Bonne nouvelle du
Christ à tous nos frères les travailleurs,
l’établissement de la communauté
d’amour partout où ils vivent »
(1ère Rencontre nationale, octobre
1951) ; « Vivre, partager et dire ce
message nous invite à être engagés
pleinement dans le combat de la
classe ouvrière » (2ème Rencontre
nationale, mars 1953).
La charte présente la dynamique
originale que le mouvement développe
au sein de l’Église et qu’il
propose aux personnes rejointes.
La charte entend favoriser la relecture
et la confrontation des expériences
vécues dans le mouvement.
De ce fait, elle peut être actualisée
au fil du temps pour accompagner
les évolutions du mouvement.
La charte est texte de référence
permanent pour tous les membres
de l’ACO. Elle veut permettre au
mouvement de déterminer, à tous
les niveaux, ses priorités, ses objectifs
de conduite et les moyens pour
les atteindre.
La charte s’articule avec les statuts
et les résolutions du mouvement.
Chapitre I
Des travailleurs* croyants
au service de la mission
L’Action Catholique Ouvrière, mouvement de laïcs,
fonde sa mission sur celle du Christ et de toute l’Église :
accueillir et annoncer la Bonne nouvelle du Royaume
de Dieu. Notre parti pris d’espérance s’enracine dans
cette Bonne nouvelle.
11.
Des croyants rassemblés
Depuis 1950, au nom de l’Évangile, l’ACO invite et
rassemble toutes les personnes du monde ouvrier
dans la diversité de leurs situations (personnelle,
familiale, professionnelle, sociale) ; toutes celles
qui, du fait de leurs solidarités ou de leurs conditions
de vie ou de travail, dénoncent et combattent les
injustices, tout en reconnaissant des avancées, et ainsi
grandissent en humanité.
Ce sont des femmes et des hommes soucieux de
mettre leurs pas dans ceux du Christ et engagés dans
la construction d’une société plus juste où la dignité
de l’Homme soit reconnue. Cela suppose la remise en
cause de la logique capitaliste du profit induisant
d’inégales répartitions des richesses.
Impliqués dans des luttes menées avec les organisations
syndicales, politiques, associatives, et imprégnés
de la vie et des solidarités vécues par le monde
ouvrier, les membres de l’ACO proposent le témoignage
visible d’une communauté de croyants : faire
connaître aux hommes Jésus-Christ qui nous fait
vivre et leur donner envie de l’accueillir. Riche d’une
grande diversité d’hommes et de femmes, l’ACO
contribue à faire grandir ses membres en humanité et à renouveler leur vie de foi.
Pour vivre leur mission, les membres de l’ACO nourrissent
leur foi, notamment dans la révision de vie.
Chercheurs de Dieu, ils font l’expérience que l’Esprit
les rassemble et donne à chacun l’audace d’aller vers
d’autres travailleurs. Ils ont le souci de reconnaître
dans leurs actions collectives, comme en chacun
d’eux, la présence de l’Esprit qui les précède et qui
oeuvre pour que « l’Homme soit debout ». Lorsque l’ACO parle de croyants rassemblés, elle fait également
toute leur place aux hommes et aux femmes
du monde ouvrier qui sont en recherche de Dieu, de
raisons de vivre, d’espérer.
12.
Des membres solidaires
Les membres de l’ACO se retrouvent régulièrement
en équipe pour faire Révision de vie. L’ACO s’ouvre également à tous ceux qui viennent la rejoindre lors
de rencontres qui peuvent prendre des formes diverses
et plus ou moins régulières : équipes élargies, de
cheminement, relais (branches professionnelles,
entreprises, sites), partages. Par leur participation à
toute la vie du mouvement et par leur cotisation, ils
signifient leur adhésion à la mission de l’ACO.
13.
Au service d'une même mission
L’ACO veut être au service du dialogue que Dieu
engage avec l’humanité. Mouvement d’action catholique
spécialisée, elle s’adresse aux hommes et aux
femmes du monde ouvrier.
Dans un monde en quête de sens, les membres de
l’ACO cheminent avec leurs compagnons. Ils partagent
ensemble leurs recherches, leurs espoirs et leurs
questions. Ils permettent que la question de Dieu soit
posée au coeur de ce qui est vital pour ceux qu’ils
rencontrent, au coeur des actions individuelles et
collectives qui construisent un monde plus humain.
L’ACO veut permettre que chacun puisse dire en
vérité ses raisons de vivre, de lutter et d’espérer, et
s’ouvrir à la foi des autres. Dans le dialogue, les
membres de l’ACO veulent témoigner de leur
bonheur de croire à la Bonne Nouvelle de Jésus-
Christ, puissance de résurrection dans leur vie et leurs
solidarités.
Pour eux, l’Évangile invite et donne sens au combat
pour la dignité des femmes et des hommes où ils
deviennent acteurs de leur propre libération, avec leur
foi, leurs attentes, leurs espérances, leur capacité à
agir et à aimer.
Ils veulent exprimer leur double fidélité à la vie et
l’action des femmes et des hommes du monde
ouvrier, et au Dieu de l’Alliance qui invite chacun à
grandir en humanité et à vivre de son amour.
* Pour l’ACO, il ne s’agit pas uniquement de travailleurs manuels, mais aussi de beaucoup d’autres : salariés dans l’industrie,
le tertiaire ou les services publics, hommes et femmes privés d’emploi, en situation précaire, retraités, femmes au foyer,
personnes handicapées... tous ceux qui, du fait de leurs conditions ou de leurs solidarités, ont des raisons de se rassembler
pour combattre les injustices dans la diversité de leurs situations.
Chapitre II
Les caractéristiques de la mission
de l'ACO
La mission de l’ACO consiste à proposer, dans le même élan, une vie engagée et une vie de foi. Engagement
dans la vie ouvrière et sociale, foi dans le dynamisme
du Christ ressuscité, s’accordent intimement.
21.
Acteurs dans la vie ouvrière et sociale
L’histoire de l’ACO s’inscrit dans celle du mouvement
ouvrier, avec ses lumières et ses ombres. Cette
histoire s’écrit au présent. Elle est espérance d’un
avenir dont toutes les formes d’exploitation et de
négation de l’être humain seraient bannies.
Dans un contexte de mondialisation, l’économie
capitaliste domine et sacrifie l’Homme et son environnement
pour le profit de quelques-uns. Avec le
Mouvement mondial des travailleurs chrétiens
(MMTC) dont elle est membre, l’ACO croit que tous
les travailleurs du monde, en activité ou non, sont
appelés à être partenaires et à former un même
peuple.
Marqués par un même système d’exploitation, les
travailleurs sont liés de fait les uns aux autres, d’une
extrémité à l’autre de la planète. Leurs actions s’inscrivent
dans une dimension internationale et tendent à développer la solidarité au niveau planétaire.
Pour les membres de l’ACO, toute action, quelle
qu’elle soit, est indispensable quand elle vise à réhabiliter
l’être humain dans sa dignité et ses droits. Tout
engagement dans la durée est nécessaire pour la
transformation des situations et des personnes.
L’engagement dans les organisations syndicales,
politiques, associatives est un chemin à privilégier
pour les membres de l’ACO. Ces organisations restent
des outils indispensables pour la transformation
structurelle des conditions de vie et de travail, et pour
la manifestation de solidarités concrètes entre tous les
travailleurs.
La confrontation avec d’autres pour élaborer et mettre
en oeuvre des projets, pour choisir et conduire des
actions, aide à construire l’individu. Elle met chacun
face à ses responsabilités et l’appelle à se situer en
tant que personne. C’est par cette capacité à dire « je » que peuvent se former des collectifs qui disent « nous » dans le respect de chacun.
Consciente de la valeur de tout être humain aux yeux
de Dieu, l’ACO témoigne que l’exploitation, l’injustice,
le malheur ne sont pas une fatalité.
22.
Appartenance ouvrière
C’est sur l’expérience des organisations ouvrières et
sur sa propre expérience missionnaire que l’ACO
comprend l’appartenance ouvrière.
Celle-ci est un fait, elle est composée d’éléments
divers :
- La place occupée dans le travail, les situations de
chômage, de précarité, de rejet social, avec le sentiment
ou la conscience de vivre l’exploitation, la
domination, l’injustice. - L’expérience acquise dans la participation aux
luttes ouvrières et sociales.
- La conscience pour chacun d’appartenir, par sa
famille, son origine, son histoire, à une culture
ouvrière.
- La participation et l’adhésion à des projets politiques,
syndicaux, associatifs, idéologiques, où la place
de la personne humaine est centrale.
- L’attachement et le souci de vivre et transmettre
des valeurs héritées du mouvement ouvrier (solidarité,
justice, dignité...).
L’appartenance ouvrière ne s’identifie pas à la
conscience de classe, laquelle s’acquiert à travers
l’expérience et l’engagement mais aussi par héritage.
23.
Servir le dialogue entre Dieu et les travailleurs
Depuis les origines, Dieu dialogue avec les hommes.
Le peuple de la Bible en témoigne. Scellée en Jésus-
Christ pleinement homme et pleinement Dieu, une
alliance d’amour est proposée à toute l’humanité :« Je
leur ai fait connaître ton nom et je le ferai encore,
pour que l’amour que tu as pour moi soit en eux,
et que je sois moi aussi en eux » (Jean 17,26). Dieu
Père, Fils et Esprit, est en lui-même amour et
dialogue. Aux femmes et aux hommes d’en vivre et
de le manifester.
L’ACO s’efforce de servir ce dialogue entre Dieu et
les femmes et les hommes du monde ouvrier. C’est une aventure où chacun est engagé dans une démarche
de « donner et recevoir ».
En servant le dialogue, les membres de l’ACO vivent
une expérience de foi originale. Ils s’y engagent au
nom du Christ et avec lui. Jésus-Christ les invite à
accueillir et à révéler la foi qui est au coeur de chacun.
Ainsi, ils entrent dans la démarche de Jésus dont les évangiles témoignent, quand il reconnaît et admire la
foi de ceux qu’il rencontre : « Ta foi t’a sauvé ! »
Pour l’ACO, le dialogue avec les travailleurs se vit en
réciprocité. Chacun, en vérité, partage ses raisons de
vivre, de croire, d’espérer. Chacun s’enrichit de
l’autre et personne ne sort indemne de l’échange.
Le dialogue permet d’entrer dans une relation renouvelée
avec soi-même, avec les autres et avec Dieu.
Dans ce dialogue, les membres de l’ACO sont invités à
dire simplement comment la confiance qu’ils mettent
en Dieu, que Jésus invite à appeler « Père », éclaire
leur existence et fonde leur parti pris d’espérance.
24.
Une vie originale en Eglise
241.
Une double fidélité : au Christ et à la classe
ouvrière
Originale dans l’Église, cette double fidélité fait vivre
la foi chrétienne des membres de l’ACO dans leur
vie. Chaque fidélité nourrit l’autre.
Originale dans la classe ouvrière, elle leur fait vivre
l’action solidaire comme une dimension de leur vie
de croyants.
Cette double fidélité est une manière de vivre à l’image
de l’incarnation de Jésus, pleinement Homme et
pleinement Dieu dans son existence et son action.
Les engagements dans la vie ouvrière et la vie de foi
fécondent l’existence des membres de l’ACO. Par la
mise en valeur de leurs expériences, Dieu les invite à
grandir dans une unité de vie personnelle et dans une
communion entre eux.
Le rôle éducatif de l’ACO est le fruit de cette double
fidélité. L’ACO veut permettre une initiation à la foi
chrétienne et une implication dans la vie citoyenne.
Elle donne goût aux connaissances et aux analyses, renvoyant
en particulier aux organisations ouvrières. Elle
donne également goût à l’approfondissement de la foi.
Son désir est de permettre à ses membres d’avoir le
sens des autres, le goût de la responsabilité, et de
témoigner d’un Dieu Père qui aime tous les hommes
sans distinction.
Par leur vie de mouvement, les membres de l’ACO se
donnent des moyens pour regarder et pour penser le
monde avec rigueur, intelligence et liberté.
Ils peuvent mieux conduire leur vie et leurs actions
avec la conviction que c’est ainsi que les hommes
deviennent pleinement responsables.
Par ses différentes propositions, l’ACO contribue à
ce que des femmes et des hommes existent socialement,
se construisent humainement, découvrent l’intérêt
d’une vie engagée et d’une vie spirituelle. Elle
les invite à entrer dans le dynamisme de
transformation du monde vers plus de justice et de
fraternité.
242.
Divers et accueillis dans un même mouvement
Les membres de l’ACO sont appelés à s’accueillir
dans une grande diversité de situations, d’expériences
humaines, spirituelles, et de choix de vie.
Le mouvement est ouvert. II offre et invente des lieux
de rencontres, adaptés à l’enracinement et au cheminement
de chacun, où sont proposées la Révision
de vie, la mission de l’ACO et l’adhésion au
mouvement.
Dans ces rencontres, les membres de l’ACO sont
invités à mettre en rapport la vie et la foi chrétienne.
Cette diversité concerne aussi les différents types
de rencontres, comme le précisent les statuts du mouvement.
243.
Regroupés dans un même mouvement
Expérience difficile et exigeante, mais aussi chance
pour la foi, le regroupement consiste, pour les membres
de l’ACO, à accueillir leurs différences dans la
confrontation des projets et des analyses des organisations
syndicales politiques ou associatives auxquelles
vont les préférences de chacun.
Le regroupement met en valeur la liberté de Dieu dans
la relation qu’il propose à chacun, ainsi que la responsabilité
de l’Homme dans la construction du monde.
Chacun est appelé à dire en quoi sa foi éclaire,
influence son engagement, et réciproquement. Par
leurs engagements, les membres de l’ACO veulent,
avec d’autres travailleurs, construire le monde en
toute autonomie. Dieu ne dicte pas un programme
d’action mais rend les femmes et hommes partenaires.
Librement, il est alors possible de lui dire, avec le
Christ : « Père que ton Règne vienne ! », et pour
chacun de chercher à vivre ses choix et ses engagements
en cohérence avec ses paroles.
Pour les membres de l’ACO rassemblés au nom de
Jésus-Christ, le regroupement est une invitation à être
toujours plus accueillants et respectueux des chemins
empruntés par chacun.
Le regroupement et la diversité sont des expériences
qui ouvrent à Dieu. Ils rappellent que les projets
humains sont partiels, fragiles et limités. Aucun d’eux
n’épuise la promesse d’avenir que Dieu laisse entrevoir.
Le Christ rassemble et dit « Ma royauté n’est pas de
ce monde » (Jean 18, 36). Il invite cependant à
reconnaître les germes du Royaume de Dieu à
l’oeuvre aujourd’hui.
Dans leur pluralité, c’est l’Esprit de Dieu et la foi au
Christ qui font l’unité des membres de l’ACO.
244.
L’ACO dans l’Église
Chacun, par son baptême, est invité à participer à la
mission reçue de Jésus-Christ ressuscité.
L’ACO situe sa mission au coeur de celle de l’Église,
mais elle n’est pas l’Église à elle seule. La présence
des ministres ordonnés rappelle cette dimension.
L’originalité est de vouloir enraciner cette mission
dans le monde des travailleurs avec l’ensemble des
collectifs et mouvements de la Mission ouvrière.
Porteuse de la vie, de l’action et des aspirations des
travailleurs, là où se jouent la dignité et l’avenir de
l’Homme, l’ACO constitue et rassemble des communautés
d’Église avec l’identité ouvrière.
La grande diversité de situations, d’engagements, de
cheminements de foi invite à inventer, avec ceux qui
veulent entrer dans une démarche croyante, des lieux
d’Église accueillants à leurs attentes.
L’appartenance au MMTC et au CCFD (Comité
catholique contre la faim et pour le développement)
aide l’ACO à vivre l’universalité de l’Église.
Ouverte à d’autres lieux d’Église, l’ACO invite ses
membres à vivre leur foi dans toutes ses dimensions,
sacramentelle et universelle.
Communier à la diversité de l’Église est une richesse
pour le monde ouvrier. Célébrer le Dieu de Jésus-
Christ dans la vie et le langage des travailleurs est une
richesse pour l’Église. Cet échange est fécond
pour toute la vie de celle-ci : liturgie, formation,
catéchuménat et autres services d’Église.
L’ACO souhaite vivre la communion de l’Église dans
le respect de la pluralité des situations et des cultures, conscients que cette unité dans la diversité n’est pas
acquise.
Aujourd’hui encore, les femmes et les hommes du
monde ouvrier ont des difficultés à être accueillis
dans l’Église avec ce qu’ils sont. Certaines communautés
sont peu réceptives à leur vie et à leur action
collective contre les causes de la misère. L’ACO
participe pour sa part à ce que l’Église soit toujours
plus proche de la vie de ces travailleurs.
Les membres de l’ACO participent diversement à la
vie de l’Église, en Mission ouvrière, dans la pastorale
diocésaine (catéchèse, catéchuménat, pastorale des
migrants, vie paroissiale, etc.). Comme tous les membres
de l’Église, ils portent le souci de l’éveil et de
l’appel aux ministères ordonnés.
Dans l’Église, les membres de l’ACO agissent pour
sa pluralité et son ouverture à ceux qui désirent y
prendre leur place.
Ils prennent part au dialogue interreligieux par des
rencontres avec des hommes et des femmes de culture
et de religion différentes.
245.
Partenaire pour la mission
Baptisés dans le même Esprit, laïcs, ministres ordonnés
(évêques, prêtres et diacres), religieux, religieuses
sont appelés à participer en partenaires à la
mission reçue de Jésus-Christ ressuscité.
Ensemble, ils signifient la présence de l’Église dans
le monde. Leurs engagements signifient la présence
de l’Église, prioritairement auprès des personnes
victimes de l’injustice, de l’oppression, des discriminations.
Parmi les baptisés, les prêtres et les diacres, par leur
ordination, ont une relation originale avec la communauté
de croyants.
Les prêtres symbolisent par la relation aux laïcs que
la communauté d’Église est donnée à tous. Elle se
reçoit de Dieu. Les prêtres manifestent que la foi de
la communauté s’enracine dans la foi des apôtres.
Les diacres, témoins du Christ serviteur, s’inscrivent
dans l’effort missionnaire de l’ACO sous des formes
diverses.
Là où ils vivent ensemble la mission, laïcs et ministres
ordonnés dialoguent sur la place de chacun dans
le respect des charismes et des compétences des uns
et des autres.
Chapitre III
Les différentes manières
de faire vivre le mouvement
La mission de l’ACO s’exerce dans des pratiques et
dans une vie en mouvement. Liées les unes aux
autres, elles s’articulent, se dynamisent et s’enrichissent
mutuellement.
31.
La révision de vie
Rassemblée par la foi au Dieu de Jésus-Christ, la
communauté de croyants en ACO se construit dans la
révision de vie. Celle-ci alimente et entretient la foi
au Christ pour la rendre vivante et active dans la vie
quotidienne. Elle appelle à en témoigner, c’est la mission
de l’ACO.
Les responsables d’équipe de base veillent à la
démarche du voir, juger, agir de la Révision de
vie pour faire vivre le projet du mouvement.
L’implication de chaque membre est nécessaire.
Voir
Dans la révision de vie, chacun est invité à raconter
les évènements qui concernent sa vie personnelle,
sociale, familiale, sa relation aux autres. Chacun est
appelé à exprimer comment il vit et agit au travail ou
dans le quartier, la part qu’il prend dans les débats et
les actions des organisations syndicales, des partis
politiques ou des associations.
La révision de vie privilégie les questions, les évènements,
les actions et les luttes face à l’exploitation et à la logique économique d’exclusion. Ses membres
partagent ce que les travailleurs en disent.
La révision de vie accueille les dynamismes qui
construisent une société plus solidaire et permettent
que la justice, la dignité, le vivre ensemble reprennent
leurs droits.
L’ACO croit que chacun, à sa mesure, est appelé à
vivre un engagement durable contre les causes de
l’exploitation qui vont jusqu’à l’exclusion. Les moindres
petits pas ont toute leur place et leur efficacité
dans ce projet.
Juger
Dans le regroupement d’engagements différents, dans la diversité des situations, la révision de vie est
une expérience de croyants.
Elle invite à l’accueil de la parole des autres. Elle permet
le dialogue en vérité et la nécessaire confrontation.
Elle aide à relire ce qui est essentiel aux femmes et aux
hommes qui se reconnaissent membres d’un peuple.
En partageant la vie, en la confrontant avec la Parole
de Dieu, les membres de l’ACO se mettent en accueil
de Jésus-Christ qui nous conduit au Père. Ils font
l’expérience que Dieu donne la vie en abondance
(Jean 10,10). Son Esprit fait signe, dans l’engagement
et la vie, et appelle à la conversion.
Le dialogue entre les participants, nourri par l’Écriture,
enrichit l’expression de foi individuelle et collective.
Les publications du mouvement aident à élargir le
regard d’équipe et à approfondir la démarche de foi.
La révision de vie construit et engage chacun dans la
totalité de sa vie, comme homme et comme croyant.
Elle aide à vivre des choix et des convictions dans la
durée et la fidélité.
Agir
La révision de vie appelle à dire ce que la rencontre
de Dieu change, transforme dans nos vies.
Chacun exprime comment il est interpellé par la
parole des autres et ce qu’il accueille de la Bonne
Nouvelle de Jésus-Christ pour sa propre vie, ses
engagements, ses responsabilités.
La révision de vie ouvre à la prière et à la célébration.
Elle renvoie les membres de l’équipe vers ceux dont ils
partagent l’existence pour accueillir leurs raisons de
vivre et d’espérer, et témoigner de leur propre foi.
La révision de vie conduit à prendre des initiatives
qui peuvent aboutir aux partages de foi.
32.
Les partages de foi
Dans les partages de foi, l’ACO offre des lieux
ouverts qui permettent d’accueillir les raisons de
croire et d’espérer de chacun, dans la diversité et le
regroupement.
À partir de la carte ouvrière du secteur et de la carte
de relations de ses membres, l’ACO invite les travailleurs à prendre la parole dans leur grande diversité
d’approche de la réalité, d’engagement et de foi.
Dans ces partages, le mouvement entend témoigner
de Jésus-Christ. Croire en l’avenir de l’être humain
est une attitude qui permet de vivre et grandir en
humanité. Les partages mettent en présence une
pluralité de manières de croire. Personne ne possède
la vérité. Tous sont donc à égalité dans la recherche
des raisons de vivre, d’agir, d’espérer.
L’ACO croit que l’invité peut entendre quelque chose
de la foi de ses membres au Dieu de Jésus-Christ. Et,
réciproquement, elle croit que les convictions de
l’invité peuvent enrichir celle des invitants. Les participants
aux partages, dans le respect de chacun,
livrent quelque chose du coeur de leur foi.
Enracinés dans la vie et l’action des hommes et des
femmes au quotidien, les partages que l’ACO propose
sont des partages de foi parce qu’ils invitent
chacun à exprimer en qui ou en quoi il croit.
C’est l’originalité et la raison d’être de l’ACO que de
se situer sur ce plan de la foi. C’est aussi sa manière
de contribuer à la recherche des femmes et des hommes
en quête d’humanité et d’espérance.
Les partages sont des lieux où la parole est ouverte, libre,
sans entrave. Ils s’adressent à tous, notamment à ceux
qui sont les plus exploités et défavorisés de la société.
La qualité des partages dépend de l’expression de foi
et des questionnements personnels et collectifs en
révision de vie.
La diversité des partages nécessite un projet, une
mise en oeuvre, un suivi, une reprise, à partir d’objectifs
précis en lien avec les orientations fondamentales
de l’ACO et les expériences vécues.
33.
Les sacrements et la prière
L’ACO fait vivre, à sa manière, les pratiques qui font
l’Église.
Les sacrements, notamment l’Eucharistie, rassemblent
la communauté de croyants. Ils témoignent de
l’invitation des femmes et des hommes par Dieu.
Les membres de l’ACO participent aux sacrements
dans diverses communautés d’Église pour nourrir
leur foi en Jésus-Christ.
Les sacrements vécus et préparés en Mission ouvrière
ou en ACO sont des moments privilégiés pour rendre
présente aux travailleurs une Église vivante,
accueillante à ce qui fait leur vie.
Dans les célébrations, il s’établit une relation entre la vie des militants ouvriers et l’initiative de Dieu, telle
que l’a révélée Jésus-Christ. Les membres de l’ACO
y vivent la rencontre originale de Dieu et des femmes
et hommes dans la condition humaine.
Méditer la Parole, prier personnellement et en équipe,
c’est laisser la force de l’Esprit de Dieu travailler en
soi et à travers soi lorsque s’exprime une parole de foi éclairée par la révision de vie.
Les retraites et récollections sont des moments privilégiés
pour s’arrêter, prier, approfondir et partager sa
foi. Il est important qu’elles puissent se vivre en équipe.
34.
La formation
La formation a pour but d’aider les membres à s’investir
dans la mission de l’ACO, dans la fidélité au
Christ et à la classe ouvrière. Elle se doit de répondre
aux besoins des membres sur ces deux plans :
- leur donner les moyens de comprendre les évolutions
de la société. Cette compréhension est indispensable
pour y être acteur et y témoigner du bonheur de
croire en Jésus-Christ ;
- les aider à clarifier la mission et à la mettre en
oeuvre ; favoriser l’approfondissement de la foi en
Révision de vie par la relecture de la vie, la mise en
lien avec l’Écriture et le débat de foi, faciliter
l’ouverture à d’autres pour rendre compte de ce qui
fonde leur foi.
Le dialogue avec les croyants d’autres religions ou
avec ceux qui vivent une foi humaine sans référence à Dieu provoque les membres ACO à mieux les
connaître et à approfondir leur foi chrétienne.
La formation donne les moyens d’accueillir les nouveaux
membres avec ce qu’ils apportent de neuf, et
de les initier à la vie en mouvement, sans pour autant
négliger les attentes des membres plus anciens. Elle
contribue à favoriser l’échange entre les uns et les
autres.
La formation veille à responsabiliser tous les membres
du mouvement. Elle permet de mobiliser les
compétences de chacun pour servir la mission commune.
Elle donne aux nouveaux membres les moyens
de participer à la construction de l’ACO et rendre
ainsi possible l’accès de tous aux responsabilités. Elle
accompagne les évolutions dans la conduite (dynamique
de projets, manières nouvelles d’être responsable).
La formation s’appuie sur les moyens proposés par le
mouvement : elle encourage la mutualisation des
expériences.
35.
La visibilité et la communication
Pour se rendre visible, l’ACO communique sa parole
originale. Elle propose à des travailleurs de marcher à
la suite du Christ, de vivre de son Évangile.
Au nom de cette originalité et comme baptisés, les
membres de l’ACO ont à s’exprimer, en veillant à ne
pas faire apparaître le mouvement comme une organisation
ouvrière. Leur expression de foi s’enracine
dans des témoignages de vie engagée et dans un vécu
collectif en mouvement.
S’exprimer au nom de l’ACO engage ses membres.
Les déclarations publiques impliquent le mouvement
dans toutes ses dimensions.
La communication permet de faire connaître le
mouvement, de progresser dans le dialogue avec les
membres des cartes de relations, et aux personnes
rejointes de se mettre en mouvement.
36.
Le développement
Être en ACO est une joie pour ceux qui en font
l’expérience. Celle-ci doit être partagée et proposée
largement pour dire ce que le mouvement fait vivre.
Fonder et développer l’ACO, c’est accueillir tous
ceux qui veulent participer à sa recherche. Dans sa
spécificité, l’ACO répond à des attentes du monde.
L’ACO invite à faire l’expérience de la Révision de
vie, à vivre dans le mouvement, à participer financièrement à celui-ci par la cotisation.
Les partages sont des lieux de paroles attendus qui
offrent des perspectives de développement. Partages
de foi et développement s’appellent l’un l’autre sans
se confondre.
Fonder et développer l’ACO est essentiel pour que la
question de Dieu continue d’être posée dans le
monde ouvrier, et sa Bonne nouvelle proposée. Le
mouvement s’adresse aux différentes catégories de
travailleurs. Il accepte diverses manières d’en faire
partie et adapte pour cela ses moyens.
37.
Un mouvement organisé
Pour assurer sa mission, l’ACO se dote de structures
au plan national, régional et local et appelle des
responsables.
Toutes les équipes, locales ou nationales, font vivre le
mouvement. Elles le conduisent et s’aident mutuellement à faire vivre le débat de foi pour mieux proposer
le Dieu de Jésus-Christ comme pertinent pour
l’ensemble des femmes et des hommes du monde
ouvrier.
La diversité et le regroupement font partie de l’identité
de l’ACO depuis sa fondation. Les situations et
les engagements multiples s’y croisent. Les cheminements
de foi sont eux aussi très divers. Cela permet
de prendre conscience que l’équipe n’est pas l’ACO à elle seule.
L’équipe n’existe qu’en relation avec les
autres équipes et avec toute la vie du mouvement.
D’autres manières d’être en mouvement peuvent
exister.
Dans un monde où les risques du repli identitaire sont
importants, l’ACO accueille la grande diversité de
ses membres comme une richesse et en témoigne à
l’extérieur.
Pour cela, l’ACO :
- développe une démarche de projet missionnaire à
tous les niveaux (équipe, secteur, diocèse, région,
national) ;
- incite les membres à être acteurs dans le mouvement
et à prendre leur part d’initiatives ;
- inscrit la démarche missionnaire du mouvement
dans une ouverture au monde en développant la
dimension internationale à tous ses échelons ;
- travaille en Mission ouvrière et en partenariat avec
d’autres composantes de l’Église ;
- apprend à faire mouvement, y compris avec ceux
qui ne sont pas en équipe de révision de vie.
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